Approches et méthodes
Séance EMDR : gestes simples pour se préparer chez soi
À l’approche d’une séance d’EMDR, une question revient souvent: faut-il préparer le récit de son traumatisme, s’entraîner à faire bouger les yeux, ou trouver seul un moyen de calmer l’anxiété? Cette attente peut déjà devenir une charge.

Séance EMDR: gestes simples pour se préparer chez soi
Or, la préparation à l’EMDR ne consiste pas à tout raconter d’avance ni à reproduire chez soi le travail thérapeutique. Elle vise plutôt à construire, avec le praticien, des repères de sécurité et à aménager les conditions concrètes de la séance.
L’EMDR suit un protocole en huit phases. Le travail préparatoire, généralement réparti sur deux à quatre séances, permet notamment d’établir une alliance thérapeutique et d’apprendre des techniques de stabilisation émotionnelle. À la maison, il s’agit de s’exercer à ces outils tels qu’ils ont été transmis par le thérapeute, sans chercher à ouvrir seul des souvenirs douloureux. Les gestes les plus utiles sont souvent modestes: savoir revenir au présent, prévoir un temps de transition et se donner le droit d’avancer à son rythme.
Pourquoi la préparation fait partie du travail
L’EMDR est parfois présentée comme une méthode qui commencerait directement par le traitement d’un souvenir difficile. Cette image laisse de côté une étape déterminante: avant d’aborder les souvenirs ciblés, le thérapeute aide la personne à repérer ses réactions, à comprendre le cadre et à acquérir des moyens de régulation. Dans le protocole standard, cette préparation constitue une phase à part entière; elle n’est pas un préambule facultatif que l’on pourrait expédier pour arriver plus vite au cœur du sujet.
Pourquoi prendre ce temps? Parce que le travail sur un souvenir peut mobiliser des émotions, des sensations corporelles et des pensées qui ne se laissent pas toujours contenir au moment où elles apparaissent. La préparation aide à créer un espace suffisamment sûr pour que la personne puisse rester en lien avec le présent, signaler ce qui devient trop intense et s’appuyer sur le thérapeute. Elle soutient aussi l’alliance: le patient et le praticien peuvent préciser ensemble ce qui aide, ce qui inquiète et comment ralentir ou interrompre le travail si nécessaire.
Nous, les thérapeutes, savons que la sécurité ne se résume pas à une consigne donnée une fois pour toutes. Elle se tisse dans la relation, dans la possibilité de poser une question, de ne pas répondre immédiatement, de demander une pause. Une personne peut avoir envie d’avancer et, en même temps, redouter ce que la séance fera émerger. Cette ambivalence n’est pas un obstacle à corriger; elle peut devenir une information clinique importante, à accueillir et à examiner avec le praticien.
Se préparer à l’EMDR, ce n’est pas se rendre prêt à tout revivre: c’est apprendre avec son thérapeute comment rester en lien avec le présent.
La durée d’une séance standard se situe généralement entre 50 et 90 minutes. Mais le temps passé dans le cabinet n’est qu’une partie de l’expérience. La préparation permet aussi de réfléchir à ce qui précède et suit le rendez-vous, ainsi qu’aux appuis dont on dispose entre les séances. Si l’on ne se sent pas suffisamment en sécurité ou si les exercices proposés ne sont pas clairs, la question peut être reprise avec le thérapeute avant de poursuivre le travail sur les souvenirs.
Des techniques d’ancrage, non une méthode pour tout contrôler
Les exercices de stabilisation ne sont pas destinés à effacer les émotions. Leur fonction est plus limitée et plus concrète: aider à remarquer ce qui se passe, puis à retrouver des repères dans l’ici et maintenant. Le thérapeute peut proposer, par exemple, une attention portée aux points de contact du corps avec le siège ou le sol, une respiration confortable ou l’observation tranquille de ce qui se trouve dans la pièce. Le choix dépend de la personne et de ce qui lui est effectivement aidant.
Il est préférable de pratiquer ces exercices dans les conditions convenues en séance, à un moment où l’on se sent assez disponible, plutôt que de les transformer en épreuve à réussir. Si une pratique augmente la tension, ravive un malaise ou donne l’impression de perdre pied, on peut l’interrompre et en parler au thérapeute. Un exercice d’ancrage n’a pas à produire une sensation spectaculaire pour être utile; parfois, constater la couleur d’un objet ou sentir ses pieds au sol suffit à réorienter doucement l’attention.
Les techniques de respiration demandent la même prudence. Certaines personnes trouvent un apaisement en allongeant légèrement l’expiration; d’autres deviennent plus attentives à leur inconfort lorsqu’elles se concentrent sur leur souffle. Il n’existe pas de geste universel qui conviendrait à tout le monde. Le critère le plus pertinent est ce que la personne observe, et non la conformité à une manière supposée correcte de respirer.
Pour aborder la préparation émotionnelle chez soi, quelques repères peuvent rendre la pratique moins abstraite:
- Reprendre uniquement les exercices présentés par le thérapeute, en se rappelant qu’ils servent à retrouver des repères, pas à provoquer ou traiter un souvenir.
- Choisir un moment ordinaire et suffisamment calme pour s’y familiariser, sans attendre d’être déjà submergé par l’anxiété.
- Remarquer ce qui aide, ce qui ne change rien et ce qui accroît la tension, afin de pouvoir le décrire simplement en séance.
- Garder la liberté de s’arrêter: interrompre un exercice n’est pas un échec, mais une information utile à partager avec le praticien.
La question « que faire avant une thérapie EMDR? » appelle donc moins une liste d’exercices universels qu’un échange sur les outils adaptés à la situation de chacun. Si l’anxiété monte avant le rendez-vous, il peut être utile de nommer précisément ce qui inquiète: le fait d’aborder un souvenir, la peur de ne pas réussir à parler, l’incertitude sur le déroulement ou les conséquences possibles après la séance. Ces préoccupations n’appellent pas toutes la même réponse, et le thérapeute peut aider à les distinguer.
Organiser le rendez-vous sans ajouter de pression
La logistique n’est pas un détail extérieur au soin. Arriver dans la précipitation, enchaîner la séance avec une obligation exigeante ou devoir surveiller l’heure peut réduire la marge de disponibilité. À l’inverse, un peu d’espace autour du rendez-vous peut aider à entrer dans le cadre thérapeutique sans avoir à mobiliser toute son énergie pour gérer l’urgence pratique.
Lorsque c’est possible, on peut prévoir un trajet avec une marge suffisante et éviter de programmer une activité contraignante juste après. Il n’est pas nécessaire d’organiser une journée entière autour de la séance ni de supposer que l’on sera forcément bouleversé. L’idée est plutôt de ne pas s’imposer une transition immédiate vers une tâche demandant une forte concentration, si une autre organisation est envisageable. Pour une séance en ligne, on peut aussi vérifier à l’avance que l’espace est assez calme et que la connexion fonctionne, afin de ne pas consacrer les premières minutes à résoudre un problème matériel.
Une courte préparation pratique peut rester simple:
- noter les questions que l’on souhaite poser au thérapeute, sans chercher à rédiger un récit complet;
- prévoir de l’eau et choisir des vêtements dans lesquels on se sent à l’aise;
- laisser, si l’emploi du temps le permet, un peu de temps avant et après le rendez-vous;
- réfléchir au moyen de rentrer ou de reprendre sa journée sans précipitation.
Ces gestes ne garantissent pas une séance facile et ne remplacent pas l’accompagnement clinique. Ils réduisent simplement quelques sources de tension qui peuvent détourner l’attention. Si les contraintes du quotidien rendent impossible un temps de décompression, mieux vaut le dire au thérapeute: il pourra en tenir compte dans la façon de préparer et de conclure la séance.
Après la séance, ménager un temps de transition
Une séance d’EMDR dure généralement entre 50 et 90 minutes, mais il peut être utile de ne pas traiter l’heure de fin comme un signal obligeant à repartir aussitôt à plein régime. Un temps de transition permet de reprendre ses repères, de remarquer son état et de quitter le cadre du soin sans passer directement à une activité exigeante. Ce sas n’a pas besoin d’être long ni de suivre une forme particulière: quelques minutes tranquilles, une marche si elle convient, ou le fait de s’asseoir avant de reprendre la route peuvent suffire.
Les réactions après une séance varient. On peut se sentir fatigué, remué, calme ou simplement comme d’habitude; une réaction donnée ne permet pas, à elle seule, de conclure que le travail a été efficace ou qu’il s’est mal passé. Il peut aussi arriver que des pensées ou des émotions reviennent entre les rendez-vous. Dans ce cas, les techniques de stabilisation apprises avec le thérapeute sont des ressources possibles, et non une obligation de tout gérer seul.
Il est utile de convenir à l’avance avec le praticien de la manière de signaler une difficulté entre les séances et de ce qu’il est pertinent de faire si l’on se sent déstabilisé. Le cadre de contact varie selon les professionnels: mieux vaut clarifier les modalités plutôt que de rester dans l’incertitude. Si une réaction inquiète, persiste ou paraît difficile à contenir, en parler au thérapeute permet d’évaluer la suite et, si nécessaire, d’adapter le rythme du travail.
Le temps après la séance n’est pas du temps perdu: il aide à passer du cadre thérapeutique aux exigences ordinaires de la journée.
Pas besoin d’écrire toute son histoire avant de venir
L’idée qu’il faudrait préparer un récit exhaustif de ses traumatismes peut freiner une personne avant même le premier rendez-vous. On peut craindre d’oublier un détail, de mal raconter ou de devoir mettre en ordre des expériences encore difficiles à approcher. Cette exigence n’est pas nécessaire pour commencer: il n’est pas demandé de rédiger chez soi une biographie complète ni une liste de tous les événements douloureux.
Le thérapeute recueille les éléments utiles au fil des échanges, selon le cadre et le rythme convenus. La personne peut apporter quelques notes si cela l’aide à se souvenir d’une question ou à nommer une préoccupation; ces notes restent un support, non un devoir à rendre. Elle peut aussi dire qu’elle ne souhaite pas encore entrer dans certains détails. La façon de parler d’un souvenir, le niveau de précision et le moment où l’on s’y engage se construisent dans la relation thérapeutique.
Cette distinction compte également pour les exercices pratiqués seul. Les outils d’ancrage transmis par le thérapeute ne sont pas une invitation à réaliser une séance d’EMDR à domicile, avec une vidéo, une application ou des mouvements oculaires improvisés. Le travail thérapeutique s’inscrit dans un protocole et une relation de soin; sa conduite ne se réduit pas à reproduire un geste. En cas de doute sur un exercice ou sur ce qui se passe après une pratique, le point d’appui le plus sûr est d’en reparler au professionnel qui accompagne la personne.
Se préparer, finalement, consiste moins à anticiper chaque réaction qu’à rendre la séance plus habitable: comprendre que la stabilisation fait partie du protocole, connaître les exercices appris avec son thérapeute, prévoir une marge autour du rendez-vous et laisser de côté l’obligation de tout raconter parfaitement. Quand l’anxiété se présente, elle peut être nommée et accueillie dans le travail, plutôt que combattue seul avant d’entrer dans le cabinet.