Thérapie numérique
Santé mentale 2026 : l'OMS exige l'intégration directe des patients dans les soins
Pour la Journée mondiale de la santé mentale 2026, l'OMS met en avant un principe qui devrait aller de soi: les personnes ayant vécu des troubles psychiques détiennent une expertise que les manuels ne remplacent pas.

L'organisation appelle à les associer à la conception et à l'évaluation des politiques et des services, partant du constat que leur participation rend les systèmes de soins plus adaptés et centrés sur la personne. Pour nous, l'enjeu est moins symbolique qu'opérationnel: qu'est-ce que cela change, concrètement, dans la relation thérapeutique?
Une intention qui mérite un test de réalité
Difficile, sur le fond, de contredire l'OMS. Qui s'opposerait à reconnaître l'apport de celles et ceux qui vivent ou ont vécu l'anxiété sévère, la dépression, les troubles psychotiques? Personne, et c'est précisément ce qui rend la promesse facile à signer et difficile à tenir. Derrière l'injonction à la « co-construction », on trouve souvent des comités où les patients invités disposent de cinq minutes de parole, ou des questionnaires fermés dont les cases sont rédigées à l'avance.
Intégrer sérieusement l'expérience vécue suppose du temps, une indemnisation, une formation des équipes: bref, un investissement que les budgets ne prévoient pas toujours. Pour les cliniciens que nous sommes, l'enjeu est aussi méthodologique. L'expertise du patient ne se réduit ni aux indicateurs quantitatifs ni aux échelles standardisées: elle se lit dans ce que la personne sait de ses propres signaux d'alerte, de ses facteurs déclenchants, de ce qui aide et de ce qui met en danger.
Ce qui se joue déjà au cabinet, et qu'on peut attendre
Bonne nouvelle: nul besoin de directive ministérielle pour appliquer le principe. Plusieurs leviers sont à portée de patient, et de clinicien.
D'abord, le droit d'être informé clairement des options thérapeutiques, avec leurs preuves et leurs limites. Un praticien qui dit, dans votre cas, que la thérapie cognitivo-comportementale dispose des données les plus probantes pour l'anxiété généralisée, mais qu'elle suppose plusieurs mois d'investissement, fait déjà de la décision partagée sans employer l'expression.
Ensuite, la possibilité de signaler ce qui ne fonctionne pas. Si une technique d'exposition déclenche une réaction disproportionnée, si la méditation de pleine conscience ravive une anxiété au lieu de la calmer, le patient est mieux placé que le protocole pour le détecter. Le signaler ne relève pas du défaut d'observance: cela affine le traitement.
Enfin, la co-écriture des objectifs. Que vient-on chercher, en thérapie? Réduire l'évitement, retrouver le sommeil, traverser une situation précise? Les formuler ensemble change la trajectoire du suivi.
Ce qu'on peut faire dès le prochain rendez-vous
Trois réflexes, à la portée de chacun.
Avant la séance, prendre cinq minutes pour noter ce qui motive la consultation, ce qui a changé depuis la dernière fois, et une question précise à poser.
Pendant, oser interrompre, demander une reformulation, signaler qu'un terme n'a pas été compris. Un mot mal compris peut fausser six mois de travail.
Après, observer pendant une à deux semaines l'effet d'une technique proposée, sur l'humeur, le sommeil, l'irritabilité. Noter sans dramatiser ni minimiser. Les petites variations comptent souvent plus que les grandes journées.
Le seuil qui doit alerter: rupture marquée du sommeil ou de l'alimentation, pensées envahissantes, incapacité à sortir de chez soi, douleurs physiques inexpliquées. Ces signaux méritent un avis médical rapide, sans attendre le prochain rendez-vous.
La campagne de l'OMS a raison sur le fond, et je fais mienne cette invitation: reste, à chaque niveau, à la traduire en actes.